Mercredi 15 juillet 2026

Finance

Salaire député européen : rémunérations et indemnités

Harold Par Harold
8 min de lecture
Salaire député européen : rémunérations et indemnités

Depuis juillet 2009, tous les députés européens touchent la même rémunération, quelle que soit leur nationalité. Fini les écarts absurdes d'avant, où les eurodéputés italiens empochaient 11 779 euros mensuels pendant que leurs homologues hongrois devaient se contenter de 760 euros. Aujourd'hui, le salaire brut mensuel s'élève à 10 802,91 euros brut mensuels, soit 8 419,90 euros nets après impôt européen et cotisations sociales. Ce montant est calculé sur la base de 38,5% de la rémunération d'un juge de la Cour de justice de l'Union européenne. À cela s'ajoutent plusieurs indemnités complémentaires qui méritent d'être détaillées.

La rémunération de base d'un député européen

Le salaire net d'un eurodéputé a progressé régulièrement ces dernières années. En juillet 2023, il atteignait 7 853,89 euros nets. En 2024, la rémunération de base grimpait à 10 337 euros brut, soit 8 090 euros nets. En 2025, elle atteint donc 10 802,91 euros bruts, soit 8 419,90 euros nets après déduction de l'impôt européen et des cotisations sociales. Ce montant n'est pas renégocié chaque année mais recalculé en tenant compte de l'inflation, indexé sur 38,5% du traitement d'un juge de la Cour de justice de l'UE.

Comparé aux autres parlements, cet eurodéputé gagne nettement mieux. Depuis janvier 2024, un député de l'Assemblée nationale française perçoit 7 637,39 euros brut mensuels, soit 5 953,34 euros nets, un écart de 2 466,56 euros par rapport à son homologue européen. En avril 2024, un député britannique touchait environ 9 019 euros brut mensuels. Ces données écartent toute ambiguïté : le mandat européen est, sur le plan salarial, plus avantageux que les mandats nationaux comparables.

Rappelons qu'avant 2009, la situation était franchement inégalitaire. Les eurodéputés espagnols ne percevaient que 2 540 euros par mois, pendant que les Italiens touchaient le quadruple. L'harmonisation a mis fin à cette disparité.

Les indemnités journalières et de frais généraux

Au-delà du salaire fixe, les eurodéputés bénéficient de deux indemnités majeures. L'indemnité forfaitaire journalière s'élève à 350 euros par jour en 2024 et 2025. Elle couvre les frais d'hôtel, de repas et les dépenses annexes lors des jours d'activité officielle à Bruxelles et Strasbourg. Selon le calendrier officiel 2023 du Parlement européen, on compte 198 jours d'activité dans l'année, soit environ 16,5 jours par mois.

Attention : cette indemnité journalière n'est versée que pour les jours d'activité officielle, pas pour les week-ends ni les périodes sans séances. Si un député manque plus de la moitié des votes par appel nominal lors d'une journée de séance plénière, l'indemnité est réduite de moitié, même s'il a signé la liste de présence. Pour les réunions officielles hors Union européenne, une indemnité supplémentaire de 175 euros s'ajoute.

L'indemnité de frais généraux atteint quant à elle 4 950 euros par mois. Versée sur un compte séparé (pas le compte personnel du député), elle sert à financer la permanence dans l'État électeur : location de bureaux, téléphone, internet, équipements. Elle est réduite de moitié pour les élus qui, sans justification valable, ratent plus de la moitié des séances plénières. Depuis le 31 janvier 2019, les eurodéputés peuvent rendre public l'usage de cette enveloppe sur leur fiche individuelle du site du Parlement européen, mais uniquement sur la base du volontariat.

Le remboursement des frais de voyage et de déplacement

Les frais de voyage vers et depuis le Parlement européen sont remboursés sur présentation des justificatifs. Cela inclut les billets d'avion en classe affaires, les billets de train en première classe, et les remboursements kilométriques pour les trajets en voiture. Un exemple concret : un député partant de Toulouse pour rejoindre Strasbourg en voiture peut demander 580 euros par trajet. Les frais de logement font l'objet d'un remboursement distinct.

Lors de leurs séjours à Bruxelles ou Strasbourg, les eurodéputés ont accès à la flotte de véhicules du Parlement pour leurs déplacements officiels. Pour les missions hors de leur État membre d'élection, le plafond annuel de remboursement des frais de voyage et d'hébergement s'établit à 5 500 euros en 2025 (d'autres sources évoquent 4 716 ou 4 886 euros selon les critères retenus). Ces remboursements forment un poste non négligeable dans le budget mensuel global d'un eurodéputé.

Le budget alloué aux assistants parlementaires

Les assistants parlementaires représentent un poste budgétaire considérable. En 2025, l'enveloppe de rémunération d'assistants atteint 30 769 euros par mois, contre 29 557 euros en 2024. Cet argent n'est pas versé aux eurodéputés eux-mêmes : les collaborateurs sont directement rémunérés par les services du Parlement européen.

Deux profils d'assistants coexistent au sein de ce dispositif :

  • Les assistants accrédités, basés à Bruxelles et Strasbourg, soumis aux mêmes conditions que les agents temporaires des institutions de l'UE, avec un maximum de quatre par député (sauf exceptions).
  • Les assistants locaux, présents dans la circonscription du député, sans limite de nombre.

Au moins 40% de l'enveloppe doit être consacré aux assistants accrédités. Les eurodéputés peuvent aussi se regrouper pour recruter des assistants communs. C'est très différent de la situation française : un député de l'Assemblée nationale dispose de 11 118 euros par mois pour rémunérer ses collaborateurs, dans la limite de cinq personnes.

L'indemnité de fin de mandat et la pension de retraite

À la fin de leur mandat, les eurodéputés perçoivent une indemnité de fin de mandat équivalant à un mois de salaire par année exercée, plafonnée à deux ans. Elle ne peut se cumuler ni avec un autre mandat parlementaire, ni avec une fonction publique, ni avec une pension. Un législateur ayant accompli cinq mandats complets peut bénéficier d'un parachute doré d'une valeur totale de 248 000 euros.

Sur la retraite, les anciens eurodéputés ouvrent leurs droits à 63 ans. Le taux est de 3,5% de la rémunération par année complète de mandat, avec 1/12e supplémentaire pour chaque mois entier, sans dépasser 70% au total. Les députés français, eux, ouvrent leurs droits à 62 ans et 3 mois (64 ans pour les générations nées après 1968). La pension mensuelle moyenne nette liquidée en 2022 était de 2 990 euros, contre 684,38 euros nets pour un mandat de cinq ans seulement. L'allocation chômage pour les députés français s'établit à 4 126,75 euros brut, représentant 57% de l'indemnité parlementaire de base.

Les activités annexes et les revenus extérieurs des eurodéputés

Selon une étude de Transparency International portant sur le dernier Parlement européen, environ deux tiers des eurodéputés exercent des activités annexes. Ces activités leur ont rapporté collectivement 8,6 millions d'euros par an, soit en moyenne 12 000 euros supplémentaires annuels par élu. Dans de nombreux cas, ces revenus dépassent la rémunération de base et proviennent parfois d'entreprises qui pratiquent le lobbying sur des dossiers politiques européens.

Depuis le 1er novembre 2023, toute activité rémunérée au-delà de 5 000 euros annuels doit faire l'objet d'une notification obligatoire, avec mention de l'employeur, de son secteur et de la nature de la mission. Les eurodéputés doivent également déclarer leur patrimoine en début et en fin de mandat. Ces règles de transparence visent à prévenir les conflits d'intérêt, mais leur application reste perfectible.

Le code de conduite des eurodéputés renforcé après le Qatargate

Le code de conduite des eurodéputés est entré en vigueur en 2012, puis révisé à plusieurs reprises. La dernière modification date de 2023 et fait directement suite au scandale du Qatargate, révélé en décembre 2022 : plusieurs États tiers, dont le Qatar, avaient orchestré des opérations de corruption ciblant des membres du Parlement européen.

Ce renforcement du règlement intérieur a introduit plusieurs mesures concrètes. L'interdiction d'exercer des activités de lobbying rémunérées directement liées au processus décisionnel de l'UE est désormais explicite. Depuis le 1er novembre 2023, chaque élu doit notifier ses activités rémunérées dépassant le seuil de 5 000 euros annuels, en précisant l'employeur, son domaine et la nature de la tâche. La déclaration obligatoire de patrimoine encadre aussi chaque début et fin de mandat.

La transparence reste un chantier ouvert. L'indemnité de frais généraux de 4 950 euros, par exemple, n'est divulguée que sur la base du volontariat. Pour le citoyen qui souhaite réellement savoir comment son élu dépense ces fonds, l'accès à l'information demeure partiel. Militer pour une publication systématique de ces dépenses serait, franchement, la prochaine étape logique dans l'effort de démocratisation des institutions européennes.

L'auteur

Harold

Harold

Harold a monté une entreprise, l'a plantée puis redressée. Fort de cette expérience, il partage aujourd'hui un regard pragmatique sur l'entrepreneuriat.

Il parle sans filtre de trésorerie, d'échecs, de levées et de fiscalité, avec une obsession pour les vrais chiffres plutôt que le storytelling. Ses articles sont directs, chiffrés et conçus pour aider ceux qui veulent comprendre la réalité économique d'une boîte.

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