Sony Labou Tansi, romancier, dramaturge et poète

Qui était Sony Labou Tansi ?

Romancier, poète et dramaturge, Marcel Nsoni choisit pour pseudonyme Sony Labou Tansi, lors de la sortie de son premier roman, La vie et demie, en 1979. Après la publication de cette œuvre, cet écrivain congolais gagna en notoriété et devint célèbre. Il est l’auteur de plusieurs romans et bien d’autres œuvres, entre autres, des pièces de théâtre, des nouvelles, des recueils de poésie. Sony Labou Tansi a reçu plusieurs prix dont le prix Ibsen en 1988. Il s’est était éteint en 1995. Depuis 2003, un prix littéraire porte le nom de ce romancier pleinement engagé qui vit le jour en République Démocratique du Congo (ex Zaïre).

La naissance de Sony Labou Tansi 

Sony Labou Tansi est né sous le nom de Marcel Nsoni, le 5 juillet 1947 à Kimwenza, un village situé au sud de Léopoldville, au bord d’une rivière (la Loya), dans l’ex-Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo). Il est né de père zaïrois et de mère congolaise. Son père, Massoko Labou Paul, était polygame.

Sony Labou Tansi, romancier, dramaturge et poète
L’auteur révéla que sa mère l’appelait Sony. C’est ce nom qu’il conserva comme nom de plume en y associant celui de son père et le diminutif de celui de sa grand-mère (Banatansi).

Marcel Nsoni était l’aîné des enfants de la seconde épouse qui avait pour nom, Bidounga Georgette. Cette dernière donna naissance à 7 enfants (6 garçons et une fille). Sony Labou Tansi est né dans un milieu modeste et fut influencé par le patrimoine de la culture Kongo et des subtilités de la langue kikongo (une langue bantoue parlée par les Kongos).

La vie de Sony Labou Tansi 

Enfance et études 

Sony Labou Tansi a passé son enfance dans son village natal où il débuta ses études en kikongo, avant de partir à Mbanzalélé (territoire de Luozi, province du Kongo-Central), puis à l’école protestante de Soundi- Loutété. Il débuta l’étude du français vers l’âge de 13 ans grâce à son oncle qui l’amena au Congo Brazzaville où il assista à la proclamation de l’indépendance de ce pays.

Sony Labou Tansi quitta alors sa famille paternelle pour rejoindre sa famille maternelle pour vivre désormais dans un milieu catholique. Admis au concours d’entrée au collège, il quitte son milieu familial pour une ville rurale, Boko, au sud de la République du Congo, située à proximité de la frontière avec la République démocratique du Congo. 

Après la classe de 3ème, c’est le Lycée Savorgnan de Brazza de Brazzaville qui l’accueille avant de rejoindre l’École Normale Supérieure d’Afrique Centrale (ENSAC) en 1968. 

Vie professionnelle

En 1971, Sony Labou Tansi est professeur de français et d’anglais à Kindamba (au nord-ouest, à une centaine de kilomètres de la capitale Brazzaville) avant d’être muté à Boko où il enseigne de 1974 à 1976. Il deviendra, plus tard, directeur de collège à Mindouli, au sud-ouest du Congo- Brazzaville. Sony Labou Tansi a été ancien professeur d’anglais au Collège Tchicaya-Pierre à Pointe-Noire (à l’extrême sud du Congo Brazzaville).

Sony Labou Tansi a également occupé le poste de Chef de service à la Direction Générale de la Recherche Scientifique, celui d’administrateur dans plusieurs ministères avant d’être radié de la fonction publique en raison de son activisme au sein d’un parti politique.

Vie politique

En 1989, Bernard Kolélas (1933-2009) fonde un parti politique, Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI). Sony Labou se rapproche de ce leader politique et épouse les idéaux de ce parti. Il fut privé de son passeport à la suite d’une lettre ouverte au président Pascal Lissouba (1931 -2020).

Activités politiques de Marcel Nsoni
En 1992, Marcel Nsoni (Sony Labou Tansi) devint député de Makélékélé, le plus grand arrondissement de Brazzaville, sous l’étiquette du MCDDI.

Vie matrimoniale 

Sony Labou était marié à Pierrette Kinkela, une infirmière de formation, exerçant à l’hôpital de Makélékélé. Le couple donna naissance à trois enfants (3 filles) :

  • Yavelde née en 1976,
  • Darmala née en 1979,
  • Gracia Andra, née en 1983. 

Les activités de Sony Labou Tansi 

Les débuts dans la littérature 

Professeur de formation, Sony Labou Tansi combine à merveille les talents d’auteur et de metteur en scène. Des talents qui l’amènent à initier et à développer diverses activités littéraires. Il commença à écrire dès la classe de 3ème, avec un premier récit, le premier pas, qui dénonçait la barbarie du bizutage.

Plus tard, il rédigea des manuscrits en vue de participer à des concours de théâtre, notamment celui de Radio France Internationale (RFI). Aussi, il envoya des poèmes rédigés à des écrivains célèbres, en l’occurrence, le Président sénégalais Léopold Sédar Senghor (1906-2001). 

Le succès des activités littéraires 

Déjà en 1966, à 19 ans, il envoya un premier manuscrit aux Editions du Seuil. Cet éditeur rejeta ce premier manuscrit. En 1973, il effectua la même démarche en envoyant des poèmes à l’éditeur Présence Africaine.

C’est en 1979 que les démarches connaissent un aboutissement avec la publication du premier roman, la vie et demie, en France, aux Editions du Seuil. Un roman dénonçant la dictature dans un pays imaginaire, la Katamalanasie. Ce roman remporta le Prix Spécial du Festival de la Francophonie. 

Au niveau de la poésie

Ne parvenant pas à trouver un éditeur pour ses différents poèmes, il continue d’écrire des recueils de poèmes et de les publier dans les revues et les journaux ainsi que dans les espaces qui lui sont dédiés. Mais après sa mort, plusieurs de ses recueils ont été publiés chez divers éditeurs. Il s’agit, entre autres, de :

  • Poèmes et vents lisses (aux Editions Le Bruit des autres) à Limoges en 1995,
  • Le quatrième côté du triangle (aux éditions La Rosa) en Italie. 

Au niveau du théâtre 

Toujours au cours de l’année 1979, Sony Labou Tansi, fonda à Brazzaville, une troupe théâtrale dénommée, le Rocardo Zulu Théâtre. En 1980, il prend la direction de cette troupe et fait connaître son talent d’auteur-metteur en scène. Ainsi, il écrivit une diversité de pièces pour le théâtre.

Par ailleurs, sa troupe théâtrale mit en scène des pièces d’auteurs africains, des adaptations de romans et de nouvelles. Aussi, elle effectua une tournée en Europe à plusieurs reprises. Les pièces de théâtre ont été également mises en scène à Dakar, à Paris, à New York et dans bien d’autres villes dans divers pays.

Dramaturge, soutenu par le Festival International des Francophonies en Limousin, il publia une œuvre théâtrale en 1979, la conscience de tracteur aux éditions NEA-CLE et remporta le concours Théâtral Interafricain de Radio-France Internationale. 

Sony Labou Tansi explique ses motivations et ses débuts dans le roman, le théâtre et la poésie.

La mort de Sony Labou Tansi

En 1994, Sony Labou Tansi fut radié de l’effectif de la fonction publique, son passeport fut confisqué. Il fut, par ailleurs, assigné à résidence dans sa maison à Brazzaville.

Au cours de cette même année (1994), il souffrait déjà du mal qui devait l’emporter et ne pouvait pas se rendre en France pour bénéficier d’une assistance médicale. Avec l’intervention de ses amis français, les restrictions auxquelles il était soumis furent levées et les autorités lui remirent son passeport.

Très affaibli, il effectua un voyage en janvier 1995 pour recevoir des soins à l’hôpital Saint-Louis de Paris. Sony Labou Tansi et son épouse retournèrent au pays en avril 1995. Le 14 juin 1995, Sony Labou quitta le monde des vivants, après le décès de sa femme quelques jours plus tôt. Il fut inhumé le 22 juin 1995 à Brazzaville.

Les œuvres de Sony Labou Tansi 

Romans 

 Les romans édités aux Editions du Seuil sont : 

  • La vie et demi (1979) ;
  • L’état honteux (1981) ;
  • L’anté-peuple (1983) ;
  • Les sept solitudes de Lorsa Lopez (1985) ;
  • Les yeux du volcan (1988) ;
  • Le commencement des douleurs (1995).

Théâtre 

  • Conscience de tracteur, N.E.A.-CLE (1979) ;
  • La parenthèse de sang et Je soussigné cardiaque, Ed. Hatier-Monde Noir (1981) ;
  • La rue des mouches, Revue Equateur n°1 (1986) ;
  • Moi, veuve de l’empire, Ed. Avant-Scène Théâtre n°815 (1982) ;
  • Le coup de vieux (coécrit avec Caya Makhélé, R.F.I.) Présence Africaine (1983) ;
  • Qui a mangé Madame d’Avoine Bergotha ?, Editions Lansman (1989) ;
  • La résurrection rouge et blanche de Roméo et Juliette, Acteurs (1990) ;
  • Une chouette petite vie bien osée, Editions Lansman (1992) ;
  • Antoine m’a vendu son destin, Collection Scènes sur Scènes, Ed. Acoria (1997).

Poésie

  • La vie privée de Satan, recueil ; 
  • Les yeux de l’espoir, recueil ;
  • L’acte de respirer, recueil ;
  • La peur de crever la vie, recueil ;
  • Poèmes et vents lisses, poésie, Éditions Le bruit des autres (1995).
Nom d'une rue à Limoges
Sony Labou Tansi et Limoges, c’est « une histoire d’amour » qui, au-delà du Prix, se matérialise, entre autres, par une rue portant le nom de l’auteur.

Le prix Sony Labou Tansi

Chaque année, depuis 2003, un prix portant le nom de ce grand auteur dramatique congolais, Sony Labou Tansi, est dédié à des œuvres de théâtre francophone contemporaines. Il s’agit d’une initiative du Pôle de Ressources pour l’Éducation Artistique et Culturelle (PREAC) « Écritures et Théâtres contemporains francophones » de l’Académie de Limoges.

Le prix Sony Labou Tansi a pour but de remotiver l’acte de lire, mais également de promouvoir la lecture du théâtre contemporain d’expression française. Il guide de jeunes lycéens dans la lecture de cinq œuvres sélectionnées en leur offrant la possibilité d’élire leur œuvre préférée.

Au cours de l’année 2020, 1500 lycéens de la France et de plusieurs pays membres de la Francophonie ont participé au vote dans le cadre de la 18ème édition de ce prix. Le lauréat de l’édition 2020 du prix Sony Labou Tansi est Édouard Elvis Bvouma, auteur de la Poupée Barbue

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