Dimanche 28 juin 2026

Finance

Salaire d'un dentiste en France : combien gagne-t-il ?

Jade Par Jade
10 min de lecture
Salaire d'un dentiste en France : combien gagne-t-il ?

La France compte environ 48 000 chirurgiens-dentistes répartis sur le territoire national, dont 80 % exercent en libéral. Pourtant, selon Alain Durand, président de l'Ordre national des chirurgiens-dentistes, il en faudrait 60 000 pour répondre correctement à la demande. Cette pénurie de dentistes pèse sur l'accès aux soins, mais elle renforce aussi la valeur des praticiens en exercice. Le salaire moyen d'un chirurgien-dentiste varie considérablement selon son statut professionnel, sa localisation géographique, son expérience professionnelle et sa spécialisation. Cet article décrypte les revenus réels des dentistes en France, en distinguant chaque profil de praticien pour vous donner une vision précise et honnête de ce que gagne un chirurgien-dentiste aujourd'hui.

Combien gagne un dentiste en France : salaire moyen et revenus réels

Les chiffres divergent selon les sources, et c'est là que beaucoup de gens se perdent. Selon l'Union dentaire, le salaire moyen d'un chirurgien-dentiste omnipraticien atteint environ 100 000 euros bruts par an, soit 8 300 euros bruts par mois. La plateforme Indeed avance, elle, 14 800 euros bruts par mois, ce qui représente plus de 200 000 euros bruts par an. Cet écart s'explique par la méthode de calcul : cette moyenne globale agrège des profils très différents et ne reflète pas le revenu net réellement disponible.

Le salaire net moyen d'un dentiste est estimé à 3 451 euros, soit 3,02 fois le SMIC. Le salaire médian, lui, s'établit à 9 150 euros. Ces deux chiffres semblent contradictoires, mais ils mesurent des réalités différentes selon le statut d'exercice du praticien.

Pour un dentiste libéral, la logique de rémunération est radicalement différente de celle d'un salarié. Son chiffre d'affaires moyen atteint 240 000 euros par an, mais 50 à 60 % de cette somme part directement en charges professionnelles : cotisations URSSAF et CARCDSF, loyer et entretien du cabinet dentaire, matériel médical coûteux, salaires du personnel. Le revenu net disponible après déduction de l'ensemble de ces charges et des impôts se situe entre 6 000 et 8 000 euros net par mois.

Armand, diplômé en 2020 et installé en libéral, illustre parfaitement cette réalité. Il perçoit environ 5 800 euros net par mois après paiement de ses charges sociales, en travaillant quatre jours par semaine à raison de neuf à dix heures par jour. Un début de carrière correct, mais loin des fantasmes sur les revenus des dentistes.

Homme travaillant sur ordinateur portable avec outils de productivité

Salaire d'un dentiste selon son statut professionnel

Le dentiste libéral installé

Le dentiste libéral représente 80 % des praticiens en France. Son revenu net mensuel moyen est estimé à environ 7 700 euros, avec des écarts importants selon la patientèle, la localisation et les actes pratiqués. Sa rémunération repose sur une rétrocession comprise entre 40 % et 55 % du chiffre d'affaires brut, une fois déduites les cotisations sociales et les charges du cabinet.

Les dentistes libéraux conventionnés perçoivent des honoraires fixés en accord avec la Caisse nationale d'assurance maladie, qui rembourse les soins à hauteur de 70 % pour les patients. Un dépassement d'honoraires reste possible si le praticien bénéficie d'un droit permanent à dépassement. Les non-conventionnés fixent librement leurs tarifs.

Le dentiste salarié et le praticien hospitalier

Un dentiste salarié en CDI perçoit entre 4 200 euros bruts en début de carrière et jusqu'à 7 500 euros bruts en fin de carrière. Dans la fonction publique hospitalière, le praticien hospitalier, appelé odontologiste, suit une grille indiciaire. À temps plein, son salaire oscille entre 4 130,68 euros et 7 500,82 euros bruts par mois, pouvant grimper jusqu'à 9 229,60 euros au dernier échelon.

Le praticien hospitalier à temps partiel perçoit entre 2 478,41 euros et 4 500,50 euros bruts mensuels, avec des primes et indemnités complémentaires. Pour rappel, le calendrier de paiement des fonctionnaires précise les dates exactes de versement pour ces praticiens relevant de la fonction publique hospitalière.

Le dentiste remplaçant et l'étudiant en odontologie

Le dentiste remplaçant intervient ponctuellement dans un cabinet pour assurer la continuité des soins. Sa rémunération repose sur un système de rétrocession compris entre 30 % et 40 % du chiffre d'affaires réalisé, après déduction éventuelle de certains frais liés aux prothèses ou consommables.

Les étudiants en odontologie perçoivent entre 130 et 280 euros bruts mensuels selon leur année d'études. Les internes débutent à 1 593,30 euros bruts par mois, dans une fourchette générale de 700 à 1 200 euros, pouvant atteindre 2 112 euros en fin d'internat. Les études dentaires durent six ans pour le diplôme d'État, auquel s'ajoutent deux à quatre années pour une formation complémentaire spécialisée. Moins de 20 % des candidats réussissent le concours d'entrée, héritage d'un numerus clausus longtemps très restrictif.

Femme médecin tenant un dossier patient avec icônes professionnelles

Les facteurs qui influencent la rémunération d'un dentiste

L'expérience et l'ancienneté

Un dentiste qui débute met plusieurs années à constituer une patientèle solide, optimiser son organisation et rentabiliser son équipement. Les jeunes chirurgiens-dentistes se paient entre 3 000 et 6 000 euros nets par mois selon les régions. Avec l'ancienneté, le volume de soins augmente, les compétences dentaires s'affinent et les revenus progressent sensiblement.

La localisation géographique et les zones sous-dotées

La localisation géographique pèse lourd dans la balance. Selon Indeed, les cinq villes où les salaires de dentistes sont les plus élevés sont :

  • Nice : 16 085 euros bruts par mois
  • Brest : 15 301 euros par mois
  • Chartres : 14 483 euros par mois
  • Rosny-sous-Bois : 14 007 euros par mois
  • Lyon : 13 848 euros par mois

Les grandes métropoles offrent des revenus élevés, mais avec une concurrence accrue entre praticiens. Les zones rurales ou sous-dotées souffrent d'un manque de dentistes, ce qui favorise une patientèle abondante et une rentabilité accrue. L'installation en zone sous-dotée ouvre droit à des aides financières significatives : primes, exonérations et accompagnements améliorent la rentabilité dès les premières années.

Le temps de travail et la réputation

Le temps de travail conditionne immédiatement les revenus. Un praticien à temps plein travaille généralement 35 heures par semaine, contre six demi-journées hebdomadaires pour le temps partiel en fonction publique. Des consultations le week-end ou des gardes les dimanches et jours fériés permettent d'élargir la patientèle. La réputation du praticien joue aussi : un dentiste reconnu pour la qualité de ses soins peut pratiquer des tarifs supérieurs ou attirer une clientèle disposée à payer davantage.

Deux dentistes souriants dans leurs cabinets dentaires équipés

La spécialisation : un levier majeur pour augmenter ses revenus

L'orthodontiste et les spécialistes les mieux rémunérés

La spécialisation change radicalement l'échelle des revenus. Un orthodontiste gagne en moyenne 120 000 euros bruts par an selon l'Union dentaire, avec des revenus pouvant dépasser 24 946 euros net par mois selon certaines données. Les stomatologues figurent parmi les professionnels libéraux les mieux rémunérés, avec des revenus atteignant 14 521 euros net par mois.

À titre de comparaison internationale, en Suisse, le salaire moyen d'un dentiste atteint 200 000 euros bruts par an, et celui d'un orthodontiste 180 000 euros. Au Luxembourg, l'orthodontiste perçoit environ 150 000 euros bruts annuels. Aux Pays-Bas, ce même spécialiste peut toucher jusqu'à 200 000 euros bruts par an.

L'implantologie et les actes à forte valeur ajoutée

L'implantologie et certaines chirurgies complexes génèrent des honoraires nettement supérieurs aux actes courants. Un dentiste perçoit en moyenne entre 50 et 100 euros par opération courante, mais un implant dentaire peut représenter plusieurs milliers d'euros pour le patient. Ces actes à forte valeur ajoutée dopent significativement le chiffre d'affaires, à condition de disposer de l'équipement adapté et des compétences dentaires requises.

Omnipratique versus spécialités : quelle différence de revenus ?

L'omnipraticien reste le profil le plus courant, avec un chiffre d'affaires moyen de 240 000 euros par an. Les spécialistes bénéficient de tarifs d'actes plus élevés et d'une patientèle souvent plus ciblée, ce qui justifie un écart de revenus notable. Franchement, la formation complémentaire de deux à quatre années supplémentaires après le diplôme d'État constitue un investissement rentable sur le long terme.

Médecin avec données, stéthoscope et statistiques médicales

Le salaire d'un dentiste comparé aux autres professions de santé

Comparés aux autres professionnels de santé, les dentistes libéraux s'en sortent plutôt bien. Leur salaire moyen dépasse celui des médecins salariés : 6 000 euros par mois en moyenne pour les dentistes contre 5 847 euros pour les médecins salariés. Ils devancent également les anesthésistes, les ophtalmologues et les gynécologues. Les pharmaciens perçoivent en moyenne 7 600 euros par mois, soit moins que le salaire médian d'un dentiste fixé à 9 150 euros, mais davantage que les médecins généralistes qui touchent 5 700 euros.

Le taux horaire des salariés des cabinets dentaires libéraux a augmenté de 6 % en mai 2023. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : la hausse du coût des soins dentaires, la pénurie de dentistes dans certaines régions et la mise en place du reste à charge zéro, qui a fait exploser les dépenses en prothèse. Après une baisse de chiffre d'affaires durant la pandémie de Covid-19, les cabinets dentaires ont retrouvé un élan positif.

L'Ordre national des chirurgiens-dentistes dénombrait 46 029 dentistes en 2022, dont 8 000 titulaires de diplômes étrangers. Le gouvernement français a proposé des incitations financières aux praticiens en 2023, dans l'objectif de développer la prévention bucco-dentaire. Avec seulement 48 000 praticiens alors qu'il en faudrait 60 000, le contexte de pénurie renforce durablement la valeur des dentistes en exercice et laisse présager une revalorisation continue des revenus dans les années à venir, notamment pour ceux qui s'installent dans les zones sous-dotées ou qui développent des compétences dentaires spécialisées.

L'auteur

Jade

Jade

Jade est investisseuse indépendante et autodidacte qui a tout appris sur le tas. Elle décortique l'immobilier et le patrimoine à contre-courant des « gourous », en privilégiant l'analyse rigoureuse et le risque assumé.

Ton précis et un brin caustique, ses articles misent sur le calcul froid plutôt que les promesses faciles, pour aider les lecteurs à prendre des décisions patrimoniales réellement éclairées.

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